Tinnitus-Mojo

Cascade invisible

Samedi 23 juin

16H00 – Tinnitus-MojoEtienne Brunet et Mamadou Faye – Concert – Installation Sonore « Cascade Invisible » à Savins   www.tinnitus-mojo.fr 
« Un virus n’est peut-être que d’infimes éléments de son et d’image. » William Burroughs, Révolution Electronique
Imaginez vous soudain ne plus entendre : il vous reste l’image et le bruit de fond, comme un haut-parleur réglé à fond mais ne diffusant rien. Vous entendez l’acouphène. Ce bruit est un drone dans le fond de votre tête, une voix intérieure parasite. Etes-vous dans le mixage ou en dehors du mix ? Etes-vous dans la réalité ou dans l’enregistrement ? Tinnitus-Mojo est un double projet. Conçu initialement comme l’adaptation d’un récit poétique pour un orchestre avec narrateur et vidéos, puis transformé en œuvre accessible gratuitement sur Internet (www.tinnitus mojo.fr). La version de scène prévoyait d’utiliser la vidéo comme fond visuel d’une mer de lumière synchronisée avec des synthétiseurs et boîtes à rythme. Cette synthèse accompagnant des musiciens réels est générée et contrôlée par « Live » d’Ableton, un système informatique, son et image, simplifié pour la scène. Devant la difficulté de trouver un théâtre pour accueillir le projet, je l’ai transformé en une œuvre dématérialisée et délocalisée sur Internet. La musique a été réenregistrée pour compléter les vidéos. Le pitch : je deviens sourd. J’entends des voix fantômes, bruit du non-amour généré par mon cerveau, bruit blanc de l’eau en cascade, bruit rose d’avions au décollage. J’ai joué trop de fausses notes au cours de ma vie : paranoïa mystique. Mon oreille gauche est fichue. Je raconte mon histoire à travers les bruits du monde, la musique, le sexe, la télévision, la difficulté de vivre. J’ai réalisé ces vidéo musiques après une dérive de plusieurs mois à travers des dizaines de versions de démo de logiciels téléchargés sur Internet. J’ai choisi ceux qui me convenaient le mieux. J’ai appris à m’en servir en suivant plusieurs stages et en étudiant seul. J’ai lu des milliers de pages de mode d’emplois. Un truc de malade ! L’œuvre est entièrement réalisée sur un Mac Book Pro, les images tournées sur un appareil photo Casio Full HD bon marché. La guitare est assurée par mon fils, Léo Brunet et la basse par Thierry Negro ou Alphonse Faye. La vidéo est montée sur Final Cut Pro 7 grâce au principe de concordance « image par temps » trouvé sur le site de V-Jamm. Par exemple : un temps à 75 BPM dure 20 images. Je  monte des séquences de 320 images qui dureront 16 temps dans une approche cyclique comparable à celle de la musique d’Inde du Nord. Tempo synchronisé dans un temps libre et retour du même. La plupart des designs sont réalisés avec Motion d’Apple, un logiciel tordu et illogique qui me convient très bien. Il génère un flux intense de « déjà-vu ». Quelques autres graphiques génératifs sont réalisés avec Quartz Composer, Processing ou Pixel Toy. La partie musique est réalisée, mixée et enregistrée avec Live et MaxMSP à travers Max 4 Live. Je suis étonné de voir à quel point les logiciels de musique et d’image procèdent de la même logique. Résumons : une oreille droite en état de marche et une oreille gauche foutue. Un projet artistique double. Mélodies consonantes influencées par l’Asie et l’Afrique d’un coté, sonorités violentes et dissonantes de phénomènes naturels ou industriels de l’autre. Overground et underground, techno funk et free jazz. L’œuvre utilise des procédures informatiques détournées, des poussières de symboles électroniques, des interpolations cubiques, sinusoïdales, quadratiques ou exponentielles. Programmation orientée art contemporain. Exaltation du modulo, reliquat de la division de l’œil par l’oreille. Le texte du récit apparaît à l’écran à mi-chemin entre prompteur télé et partition graphique. Je ferme les yeux pour jouer du saxophone. Derrière mes paupières, je vois des ombres, des lumières, des images, des couleurs. J’ai des sensations abstraites, des émotions numériques. Kinesthésie multi média. Etienne Brunet
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