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Nathalie Réveillé

"Le peuple des passeurs"

Nathalie Réveillé Hommage à Nicolas Frize Issus de tous, de partout autant que de nulle part, le peuple des passeurs a revetu un vêtement d'encre... Une toile écrue, brute et vierge, du temps des origines techniques du tissage, recueille la tace de leur langage. Les passeurs portent des robes et des costumes, supports informels, dont ils se sont emparés sans plus jamais cesser de les transformer afin de les offrir, de les transmettre... Ils ont de tous temps souhaité conserver la mémoire, la renouveler, l'enrichir et la traduire. Parés de noir profond, hommage à celui de la suie des premiers éclairages, des premiers signes, ils dansent, peignent, jouent de la musique, font passer les messages. Inscrits comme en une surface pariétale, ils retracent l'histoire; leur histoire révélée en quelques prémices d'écritures, de paroles de langages et d'arts. Ils ouvrent à un futur qui n'est pas encore inscrit. Mobiles, immobiles, monolithes ou effilochés, le peuple des passeurs fait signe en une gestuelle large et ondulatoire. Tantôt hommes, tantôt insectes, bois ou branches, ils s'adaptent. C'est une mutation lente, en une calligraphie mouvante. Ils dansent, marchent, portent et transportent des mots intraduits. LA terre, l'eau, le repli de la roche, le bois lisse des poteaux se font pour eux refuges. Ils attendent, parfois figés, de pouvoir continuer la transmission au delà du temps. Ils sont nos traducteurs. Ils nous indiquent les chemins de traverses. Ils nous mènent, nous conduisent, afin que nous sachions écouter ce qui n'est pas encore traduit, ce qui reste encore à inventer. "Nous sommes tous des passeurs dans une chaîne de traduction..." Nicolas Frize in "Je ne sais pas" Production des musiques de la boulangère. Dècembre 2010