Anne Closmadeuc

Après une formation universitaire littéraire et musicale, Anne La Verte se tourne vers la terre et le modelage. Elle suit de nombreuses orientations concernant différents types d'approches. Elle travaille tout aussi bien la faïence que le grès. Elle précise son travail autour de la recherche d'émaux, notamment en suivant des formations auprès d'Héléna Klug. Son atelier parisien accueille aujourd'hui un large public. Elle y poursuit son travail de formes et continue ses investigations sur les couvertes et la couleur. Une exposition de sculptures autour du corps humain, ses positions et l'empreinte isolée, positive ou négative, têtes emballées, débute en 2004 une série de travaux sur les relations entre la forme organique et les empreintes qu'elles peuvent laisser ou générer. Grand déploiement de modules de plâtre, arabesques blanches en volutes tronquées, deviennent ainsi des éléments de focalisation de son attention. Il s'agit là de fragments de formes monochromes blancs qui évoluent délicatement au sol. Ce sont des sortes d'hélices de bateaux déposées doucement sur les fonds marins. Anne La Verte n'insiste pas sur un environnement et une pollution néfastes en accentuant un aspect violent et négatif de la couleur et de la forme. Au contraire, elle nous fait réfléchir sur un monde et un lieu qui veulent rester poétiques. Certains de ses travaux reprennent en série une opération de démultiplication de ses structures organiques, toujours comme en empreintes. Il faut insister alors sur une impossibilité d'une répétition à l'identique. Nous sommes à l'opposé de l'industrialisation. Chaque module est un élément à part entière. Il se veut être une cellule, sorte de trace archéologique d'une chose vécue et vivante. Ces suites de dômes hérissés de quelques parcelles de micro organismes, comme une architecture de coraux, comme des coques de fossiles blancs, nous confrontent à un monde qui semble fixé définitivement en mémoire par une couche de dépôt de plâtre. C'est l'ultime vision de ce qui fut. C'est ce qui nous reste de plus précieux avant une prochaine disparition. La structure osseuse, proche de la coque vide de l'oursin témoignant de sa constitution, les empreintes végétales, les séries de stries tourbillonnantes sont autant de directions qui permettent à cette plasticienne de restituer au delà du réalisme, à la frontière du perceptible, une poétique du vivant et de la nature et de l'humain.
Texte de  Nathalie REVEILLE, historienne d'art
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